Comment les gourous de la finance ont bâti leur fortune
De plus en plus souvent, des doigts accusateurs sont pointés vers les gestionnaires de hedge funds qui auraient poussé la Grèce - et partant, l’euro - au bord du gouffre. Des personnalités
telles que George Soros ou John Paulson ont-elles réellement un tel pouvoir?
(mon argent) – Ces dernières semaines, les annonces selon lesquelles les finances de l’état grec n’étaient pas aussi saines que ce qu’il laissait paraître ont eu
l’effet d’une onde de choc dans la zone euro. Et les spéculateurs n’y sont pas pour rien. Il a même été question d’une réunion secrète entre gestionnaires de fonds à levier (hedge funds)
importants, dont George Soros et John Paulson, au cours de laquelle ils se seraient mis d’accord pour attaquer la Grèce. Même si tout le monde n’est pas convaincu de la véracité de cette
histoire, il est devenu évident que les spéculateurs disposent d’un énorme pouvoir et qu’ils peuvent même gagner des fortunes en temps de crise.
Attaque contre la Grèce
Avant même que le premier nuage n’assombrisse le ciel grec, des fonds à levier (dont celui de John Paulson) ont acheté avec de l’argent emprunté des assurances
contre un défaut de paiement de la Grèce. Lorsque le piteux état des finances de l’Etat grec est apparu au grand jour, ces assurances ont pris beaucoup de valeur. Les spéculateurs ont pu en
profiter pour acheter l'emrpunt d’Etat correspondant à un prix beaucoup moins élevé, ou pour revendre ces assurances à des institutions financières souhaitant réduire leur exposition à la
Grèce.
Conséquence de la crise grecque, l’euro a lui aussi été mis sous pression. Les spéculateurs ont tenté d’en tirer profit en achetant des euros avec de l’argent
emprunté. Si la monnaie se déprécie, ils remboursent le montant emprunté à bas prix et ils empochent la différence. Finalement, l’état grec a pu renverser la situation en présentant un plan
d’épargne strict qui a mis fin aux craintes d’une faillite du pays.
Attaque contre la Grande-Bretagne
George Soros (Soros Fund Management) est passé maître dans l’art d’inquiéter les états. Ainsi, il est connu comme l’homme qui a fait sauter la Banque
d’Angleterre. L’histoire est devenue un cas d’école de la spéculation contre un pays. En 1992, Soros a misé une somme colossale (10 milliards USD) sur la chute de la livre sterling (de la même
façon que les spéculations récentes sur l’euro). Le gouvernement britannique a finalement été forcé de dévaluer sa devise et de se retirer du Système Monétaire Européen. Soros a gagné 1
milliard de dollars sur ce coup.
Attaque contre l’immobilier américain
Début 2006, alors que de nombreux investisseurs font des profits énormes grâce à la flambée des prix de l’immobilier, l’Américain John Paulson reste en
retrait. Il est convaincu que la fête ne va pas durer et qu’un solide revirement se profile à l’horizon. Alors il achète des assurances contre les crédits hypothécaires à risque (des CDS), qui
au printemps 2006, sont encore extrêmement bon marché. Lorsque le secteur de l’immobilier s’effondrerait, de nombreux propriétaires ne pourraient plus rembourser leur prêt hypothécaire et les
assurances sur les crédits hypothécaires à risque prendraient de la valeur.
Plus tard, il va plus loin encore et propose à des banques d’investissement comme Bear Stearns, Deutsche Bank et Goldman Sachs de grouper des crédits
hypothécaires au sein de « collaterized debt obligations » (CDO). Ces CDO peuvent alors être vendus à des investisseurs qui pensent que le marché de l’immobilier tiendra. En pariant sur la
chute de ces produits financiers, Paulson a gagné en tout 4 milliards de dollars. L’un des grands perdants dans l’affaire est la Deutsche Bank, qui n’est pas parvenue à vendre tous les CDO
qu’elle avait constitués.
Tirer profit de la crise financière
Le Black Swan Fund a été clôturé en mars 2009 après avoir engrangé en une année (en pleine crise financière) un profit énorme de 236 pour cent. Au départ, il a
été constitué pour protéger les investisseurs contre des événements peu probables qui ne se produisent que quelques fois dans l’histoire. Les «Black Swans », ou cygnes noirs, comme les a
baptisés Nassim Taleb, à l’origine du concept. Le fonds a acheté en masse des options de vente sur des indices boursiers et matières premières à des prix d’exercice largement inférieurs
aux cours de l’époque. Une telle option de vente donne le droit de vendre une valeur sous-jacente à un cours prédéterminé. Comme ces options ont été achetées à un prix exceptionnellement bas,
elle ne deviennent lucratives que dans des circonstances extrêmes (comme la défaillance d’un système financier). Par ailleurs, le fonds a également spéculé sur des baisses drastiques des taux
en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Tirer profit du pessimisme
Les spéculateurs ne font pas toujours leur beurre sur la faillite d’un pays ou d’une entreprise. En 2009, le gestionnaire de fonds à levier américain David
Tepper a récolté 2,5 milliards de dollars, simplement parce qu’il s’est montré beaucoup plus optimiste que la majorité. Il est pratiquement le seul à avoir osé parier des milliards de
dollars sur le fait que les États-Unis ne sombreraient pas dans une dépression comme dans les années 30. En février et mars 2009, lorsque les bourses étaient au plus bas, il est parti comme
personne à la chasse aux actions super bon marché des géants financiers mis à mal. Il a ainsi acquis des actions de la Bank of America pour 3 dollars par action et des actions de Citigroup pour
moins de 1 dollar par action.
Source:Monargent.be